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Funk: Comment a t-il été créée, son ascension?

Écrit par le 17/04/2021

Après la soul qui avait bercé les espoirs du Mouvement des droits civiques, le funk et ses rythmiques endiablées marquent un brutal retour à la réalité, celle des ghettos, des émeutes, de la contestation de la guerre au Vietnam et de la radicalisation des Black Panthers.

A l’origine du funk, on trouve James Brown qui depuis le milieu des années 50, chavire l’Amérique de sa soul explosive. En 1965, il enregistre Papa’s got a brand new bag qui, par sa rythmique et sa célébration de la danse, annonce la révolution que confirmera la sortie, en 1967, de son album Cold Sweat et la publication de ses concerts à l’Apollo Theatre de Harlem.

Oubliés les artifices excessifs de la soul music, place avant tout au rythme, et au tandem basse-batterie pour donner le tempo de la danse!

Les années suivantes, cet héritage sera repris par deux musiciens majeurs : Sly Stone et George Clinton dont les groupes respectifs, Sly and the Family Stone, Parliament ou Funkadelic explorent et développent cette nouvelle esthétique musicale. Mais l’émergence du funk doit aussi être relue à l’aune du contexte d’alors, les tensions raciales qui traversent le pays, le bourbier vietnamien, l’essor de la télévision et des émissions à destination de la jeunesse afro-américaine…

Issu principalement de la soul et du jazz, le funk se caractérise par la prédominance de la section rythmique (guitare, basse, batterie) qui joue des motifs syncopés, la présence quasi-systématique de cuivres sur des ponctuations rythmiques (riffs) ou bien des solos, et de manière générale, par la grande place accordée aux instruments.

Contrairement à la soul traditionnelle qui privilégie le format « chanson » et le tandem chanteur-producteur, un morceau funk est une œuvre collective, construite sur un groove extensible et modulable à volonté qui permet aux vocalistes et instrumentistes d’intervenir à parts égales.

 

On distingue plusieurs écoles de funk:

  • Au début des années 1960, le funk garde encore une bonne part de ses racines rhythm’n’blues et soul, et les paroles insistent sur la défense des Noirs. James Brown en sera le parrain, qu’on surnommera d’ailleurs « The Godfather Of Funk   ». En réalité, le véritable inventeur du funk fut plutôt son saxophoniste Maceo Paker. Dans cette veine, citons aussi The Meters, un groupe de La Nouvelle-Orléans, ville autrefois française dont l’histoire musicale et l’existence de son carnaval prédisposaient à être un des berceaux du funk. L’instrumentation y est dépouillée, le jeu y est débridé et foisonnant, l’esprit reste rhythm’n’blues. On parle de la vie de tous les jours, des difficultés du ghetto.
  • Vers la fin des années 1960, durant toutes les années 1970 et jusqu’au début des années 1980, un autre style se déploie, qui prend ses distances avec la réalité. Amorcé par le funk psychédélique assaisonné au rock de Sly & The Family Stone , il aboutira a la naissance de la galaxie P-Funk (pour Pure Funk) de George Clinton qui mélangera toutes les influences du moment à un groove irrésistible. Parliament, Funkadelic, P-Funk Allstars : ces groupes s’amusent a imaginer qu’ils débarquent d’un vaisseau spatial pour libére les humains des forces négatives d’un monde sans funk ! Le nom des tournées est éloquent: « The P-Funk Intergalactic U.S. Tour » par exemple. Orchestre à géométrie variable (parfois plus de 40 musiciens sur scène!)expérimentations sonores, extravagances, délires et drogues à foison. Souvent rejetés par les puristes car flirtant avec des formes plus commerciales comme le disco, des groupes comme Brass Construction ou Kool & The Gang jouent une musique sophistiquée, dans laquelle la production prend une place plus déterminante.
  • A la fin des années 70, le recours aux boites à rythme, aux platines vyniles et aux dernières générations de synthétiseurs est concomitante à la disparition des grands funkbands devenus trop chers à produire en concert. Armés de platines bricolées, les premiers Dj, comme Grand Master Flash, jouent les disques de funk de leur enfance en les triturant via des tables de mixages et inventent les premières techniques de scratching. C’est la relève : les groupes comme Sugarhill Gang, Troublefunk,et bien d’autres seront la base funky de la future révolution hip-hop. Finis les textes cosmiques et autres délires psychédéliques, la jeune génération reparle du ghetto et de son quotiden. On se trouve à la charnière entre le funk et le hip hop, dont le meilleur exemple est le fameux “Rapper’s Delight” de Sugarhill Gang, ou l’énorme “Drop the Bomb” de Troublefunk. Ils ouvriront la voie aux véritables premières stars du hip hop: KRS-One, Public Enemy…
  • Les années 1980 marquent la dernière étape de l’évolution du funk. Le genre s’oriente alors vers l’électronique, les beats sont plus étayés avec un jeu basé sur la grosse caisse, la caisse claire et le charley. La basse, dont l’apogée pourrait être l’année 1982 (voir le LP de Stanley Clarke Let me know you) et le synthétiseur, beaucoup plus marqué en 1984, forment l’essence de la mélodie. Des sons caractéristiques – ces petits sons fuyants et entraînants – sont depuis samplés et réutilisés dans de nombreux genres : pour s’en rendre compte il suffit d’écouter quelques morceaux choisis de rap West Coast, qui réutilisent de nombreux sons et morceaux.

Un déclin relatif du funk – ou son recyclage ? – s’amorce en 1985, qui voit la naissance de l’électro avec des artistes comme Colonel Abrams. En 1988-1989, la naissance du New Jack Swing et de la Danceincarnée par le célèbre My love Is Right contribue à son éclipse.

Aujourd’hui, le funk reste un genre qui insémine de nombreux morceaux : l’écoute successive de Atomic Dog de Funkadelic (1982), puis de What’s my name de Snoop Doggy Dogg en est un bel exemple.

Les disques de la grande époque funk attirent toujours de nombreux amateurs, comme en témoignent les nombreux vynils qui circulent sur les sites d’enchères ainsi que le nombre de conventions discographiques en France, qui réunissent les passionnés.


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